Capsules
« Je suis un chien, mais je ne suis pas un chien. »
Quelle est cette bizarrerie contradictoire de la langue française?
En fait, dans le premier cas, il s'agit du verbe être, conjugué à la première personne du singulier du présent de l'indicatif et, dans le second cas, du verbe suivre, conjugué lui aussi, à la première personne du singulier de l'indicatif présent. Donc, conjugués à cette personne, à ce temps et à ce mode, les verbes être et suivre se confondent.
Dans un vieux manuscrit, frère Guillaume remarque ces vers étranges :
Par le bois du Djinn où s'entasse de l'effroi,
Parle! Bois du gin ou cent tasses de lait froid!
À Lesbos, à Tyr, l'évangile est appris.
Ah! Laisse beau satyre, l'Ève en gilet t'a pris.
Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses.
Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des mots roses.
Quelle est la particularité de ces vers?
Ce sont des vers holorimes, c'est-à-dire qu'ils riment complètement, le second vers étant une répétition phonétique du premier. Le premier couple de vers est d'Alphonse Allais, le second de David Massot et le troisième de Charles Cros.
« Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer les images. »
Jean Cocteau, Le sang d'un poète
Mon coeur est fait comme celui de tout le monde. De quoi le vôtre s'avise-t-il de n'être fait comme celui de personne?
Marivaux, Le jeu de l'amour et du hasard
Il faut admirer comment Marivaux met en parallèle « être fait » et « tout le monde » avec « n'être fait » et « personne » pour souligner l'antagonisme qui existe entre les deux coeurs.
C'était un sot qui portait dans un seau le sceau du roi. Il fit un saut et les trois so tombèrent. Comment accorderez-vous le dernier so? Impossible de l'accorder bien sûr puisque, même si ces mots s'entendent de la même manière, ils n'ont ni le même sens, ni la même orthographe. D'où l'écriture phonétique utilisée ici pour parler des trois so.
Être dans la même situation qu'avant en dépit des efforts fournis.
Ne pas être plus avancé.
Avoir subi une déconvenue, ne rien avoir gagné dans une entreprise dont on espérait beaucoup.
Autrefois, un Gros-Jean était un paysan. Ce nom propre est devenu très vite un terme péjoratif désignant quelqu'un de niais, sans esprit, lourdaud et peu fortuné.
Le rajout de « devant » renforce l'idée de stagnation, d'incompréhension voire d'évolution impossible car « comme devant » signifiait « comme avant ».
Un Gros-Jean comme devant est donc une personne qui reste dans une situation particulière ou dans l'incompréhension malgré les efforts fournis ou les explications reçues pour en sortir.
« Les anges peuvent voler parce qu'ils savent se prendre à la légère. »
Chesterton
À la va-comme-je-te-pousse : N'importe comment, sans soin.
Le qu'en-dira-t-on : Propos qui sont répandus sur quelqu'un.
Cette façon de transformer une phrase ou un segment de phrase en un nom commun peut être nommée lexicalisation.
Ces « mots-phrases », parfois empruntés à une langue étrangère, peuvent évoluer dans la mesure où leur statut de mot est confirmé par une transformation orthographique.
vasistas : De l'allemand Was is das? (Qu'est-ce que c'est ?), ouverture munie d'un vantail mobile dans une porte ou une fenêtre.
Important : ne jamais oublier d'insérer un trait d'union entre chaque membre de ces mots. Pour les retracer dans un dictionnaire, il s'agit de consulter à partir du premier élément de ces formes complexes.
Source : Omelette frites… et bien d'autres fiches linguistiques et terminologiques. LEBLANC, Benoît ; TOUSIGNANT, Claude.
Vaut mieux une journée faste qu'un jour néfaste.
Saviez-vous que les noms amour, délice et orgue, qui sont masculins au singulier, deviennent féminins au pluriel?
Alors qu'on dit d'un grand amour qu'il apporta un pur délice sous la musique d'un bel orgue, on se souvient de belles amours qui apportèrent de pures délices sous la musique des grandes orgues.
Qu'on se le dise : dans « aucuns frais », « aucuns » prend la marque du pluriel parce qu'il accompagne un nom pluriel qui ne possède pas de singulier. En effet, on emploie toujours le nom « frais » au pluriel comme c'est le cas, notamment, pour « déboires », « ébats » et « représailles ».
Par contre, quand il accompagne un nom singulier, il va sans dire que le mot « aucun » prend alors, lui aussi, la marque du singulier.
Elle ne manque aucun spectacle de danse.
Voilà une douzaine d'expressions « naturelles » que nous employons pour exprimer différentes idées qui n'ont rien à voir avec la nature.
- Avoir les pieds sur terre : être réaliste.
- Disparaître dans la nature : fuir sans laisser de traces.
- Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un : devancer, contrecarrer les projets de quelqu'un.
- Faire la pluie et le beau temps : user de son influence.
- Ce n'est pas la mer à boire : ce n'est pas si difficile.
- Noyer le poisson : embrouiller volontairement une situation.
- Tomber du ciel : arriver très à propos.
- L'arbre qui cache la forêt : le détail qui empêche de voir l'ensemble.
- Tâter le terrain : évaluer la situation avant d'agir.
- Fondre comme neige au soleil : disparaître rapidement.
- Pelleter des nuages : caresser des chimères.
- Rouler dans le ruisseau : tomber dans la déchéance.
Comme quoi, la langue française est naturellement riche en métaphores.
Voici, pour celles et ceux qui s'y intéressent, quelques locutions latines couramment employées et facilement utilisables. Et si vous en voulez encore, il faut aller sur le site : http://www.abnihilo.com.
Ad hoc
Pour cela.
Un avocat, s'il ne trouve pas de loi qui puisse faire triompher sa cause, en forge une ad hoc. Pour traiter une affaire délicate, on choisit un homme ad hoc, spécial, connaissant bien la matière dont il s'agit.
Quoi ! s'écria le général, le prisonnier a des menottes dans l'intérieur de la citadelle ! Cela est contraire au règlement, à moins d'un ordre ad hoc, ôtez-lui les menottes.
H. BEYLE
La Chartreuse de Parme
A priori
De ce qui précède, tout d'abord, sans voir les conséquences.
Raisonner a priori, c'est baser son raisonnement sur des hypothèses, sur des systèmes créés par l'imagination, et non sur des faits positifs et déjà démontrés.
Les gouvernements sans base, les gouvernements créés a priori sont éphémères : leur emblème est une pyramide posée sur sa pointe.
J. DROZ
A posteriori
D'après les conséquences.
Raisonner a posteriori, c'est argumenter d'après les conséquences nécessaires d'une proposition : on prouverait a posteriori que les désordres dans un État sont presque toujours produits par les mauvaises passions. Dans tout gouvernement, les lois ont été faites a posteriori, c'est-à-dire qu'elles résultent des besoins de la société.
J'ai cru fort longtemps qu'on ne pouvait prouver l'existence de Dieu a posteriori, parce que je n'avais pas appliqué mon esprit au peu de vérités métaphysiques que l'on peut démontrer.
VOLTAIRE
Carpe diem quam minimum credula postero
Mets à profit le jour présent sans croire au lendemain (HORACE, liv. I, ode XI, v. 8).
« Hâte-toi de jouir du jour présent, sans compter sur demain. » Le poète épicurien, dans ses leçons de morale facile, aime à rappeler souvent que la vie est courte, et qu'il faut se hâter d'en jouir.
Habeas corpus
Aie ton corps, garde ton corps.
Premiers mots d'une loi célèbre, qui, en Angleterre, donne à tout accusé le droit d'attendre en liberté son jugement moyennant caution.
En Angleterre, la loi habeas corpus défend de tenir un citoyen en prison au delà de vingt-quatre heures, sans l'interroger. Elle ordonne, en outre, qu'après cet intervalle, on le relâche sous caution, jusqu'à ce que son procès soit fini.
Galerie de littérature
Hic et nunc
Ici et maintenant.
C'est-à-dire : immédiatement et sans délai.
- Vous me compterez sept cent cinquante francs, hic et nunc ; le bail en portera quittance.
BALZAC
Mens sana in corpore sano
Une âme saine dans un corps sain.
« Que peut-on demander de plus aux dieux, a dit Juvénal, que la santé de l'âme avec la santé du corps ? »
Vade retro, Satanas!
Retire-toi, Satan!
Le saint homme arriva devant la grotte ; alors il dit : Vade retro, Satanas! Le diable n'y put tenir et s'échappa, non sans roussir quelque peu en passant la barbe et les cheveux de son exorciseur.
Gustave CHADEUIL






